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Author: Mikael

Ce que j’ai vu

C’est par une prière que notre principale a conclu notre année scolaire. Ma 3ème et dernière année scolaire américaine. Et alors que j’imitais mes collègues en regardant mes chaussures dans un silence religieux, il était difficile de ne pas repenser, avec émotion, à tout ce que j’ai vu dans l’enceinte de ce collège.

J’ai vu plusieurs parents pleurer devant moi, accablés par cette école américaine. J’ai vu des parents signer un papier pour que l’école batte leur enfant. J’ai vu des profs travailler dans des bar-restaurants pour compléter leur salaire. J’ai vu des élèves écrire un nombre sur leur avant bras pour symboliser la prison. J’ai vu de jeunes profs sans voix pleurer en réunion. J’ai vu des parents retirer leur enfants de l’école pour l’éduquer à la maison. J’ai vu des élèves dormir sur les tables tous les jours. J’ai vu des parents m’agresser physiquement. J’ai vu des enfants manger des chips et sauter le repas chaque jour de la semaine pour pouvoir avoir une récréation et j’ai vu des enfants sous médocs incapables de lever la tête en classe.

Curieusement, c’est dans le chaos d’un système éducatif en chute libre que j’ai pris conscience de la beauté de mon métier, car j’ai aussi vu des profs qui gardaient le sourire du soir au matin. Des enseignants sur-vitaminés frapper dans la main de leurs élèves à leur entrée dans la classe. J’ai vu des collègues danser avec des élèves sur de la musique hiphop. J’ai vu des parents s’assoir dans la salle de classe pour aider un professeur ; d’autres parents se réunir dans un restaurant pour trouver des solutions ensemble. J’ai vu des profs raccompagner leurs élèves chez eux. Des profs, des parents se réunir pour offrir des cadeaux de Noël aux plus démunis. J’ai reçu des cadeaux de parents et d’élèves comme je n’en recevrais plus jamais dans toute ma carrière en France. J’ai vu de très belles cérémonies, des rites de passage qui réunissent toutes les générations et viennent récompenser le travail accompli par l’enfant.

Ils ont attendu cette soirée toute l’année. Ils ont sauté les cours pour passer leur journée chez le coiffeur. Les robes, achetées avec maman pendant l’année, s’impatientaient en silence dans les placards. La cérémonie de fin d’année rassemblent toutes les familles dans le gymnase. Les meilleurs élèves seront appelés pour recevoir une médaille. Beaucoup resteront assis mais tous seront fiers de cette étape importante qui les rapproche dangereusement du monde adulte.


Il y a un mois j’ai envoyé une lettre à l’ensemble des enseignants de ma région. La lettre s’intitule “Le Combat qui vous attend”. Je pense que l’écriture de cette lettre m’a servi un peu de thérapie pour terminer cette expérience sainement.  Cette lettre en anglais, parle de désobéissance, de colère et du futur de l’éducation américaine. La super-intendante de ma région m’a conseillé de l’envoyer à Trump, d’autres de l’envoyer au journal local. Je me contenterai de la publier sur ce blog  pour ceux qui lisent l’anglais (ci-dessous). Ca sera tout aussi productif.

THE FIGHT AHEAD OF Y’ALL

In January 2017, during his first address to the congress, President Trump presented Education as “the Civil Right issue of our time”. He was not the first President to compare education to one of the biggest social fight of history. George W Bush and Obama had used the same statement before him. I could not agree more with them and I am also deeply convinced that American education will be fixed precisely the same way. Individuals like you and I will have to step up and voice their opinions. No politicians is going to come help especially when so much money is involved.

I have so much respect for this community. I have worked with so many hard working, dedicated teachers and administrators. People who work their heart out to follow the rules, do what they are being told to do, always in the interest of our kids. We are not making the rules so why bother complaining ?

It is easy to become numb to what is going on. So numb that we sometimes forget that the real decision makers are closer than we think :

  • Parents :   NOT ANYMORE, I am not allowing my kids to take any standardized test” These company made tests made to measure the quality of US schools, are destroying Education. “I want my kids to be tested by the teacher that sees him every day. A teacher who knows precisely what is going to be assessed and why.
  • Teachers : NOT ANYMORE, I am not giving my students 10 pages of homework every day. My students need free time at home as much as they need time to socialize at school. Asking our students to be quiet at lunch is a nonsense. I must help my supervisors understand the importance of recess.
  • Principals :NOT ANYMORE, I am not asking my teachers to use “Eureka” or any company made curriculums for that matter. These forced lessons make my teachers bored and lazy and a bored teacher make bored and lazy students. ” Teachers don’t have time to prepare their lessons, oh well, give them more free time.
  • SupervisorsNOT ANYMORE, I understand that teachers are the lungs and heart of our system I will no longer make decisions without their full support”. You allow these grown ups to be in charge of children, the least you can do is to trust their opinions. I know it sounds scary but you have to trust the people you hire. Teachers are not children.

If you allow me, let me continue with the “presidential” comparison : when Rosa Park made the decision to not move to the back of the bus, she understood the risks she was facing. She did it because she knew it was the right thing to do. The African American people staring at her from the back on the bus probably thought she was out of her mind.

This is where I personally think America is. Everyone is on the bus doing precisely what he and she is supposed to do. Me? I am on the sidewalk. I just got off the bus. I will be watching the rest of this story from my side of the ocean. Which makes me a coward and makes you all possible heroes.

I am an optimistic man and I know change will come. I can even imagine these improvements in Education starting from a small parish in the heart of Louisiana, from communities who -once in a while – lose faith in the decisions made in Washington DC.

Public Education is too important to be overlooked. Children cannot be a statistics. Charter schools will never be a solution. This fight has already started in other states and no one – not even a president – can ignore this fight ahead of y’all.

Mikael E (teacher)

Une page

L’Arkansas

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Poursuite de notre découverte du sud des Etats Unis avec une visite dans l’Arkansas. Un état recouvert de forêts et de montagnes encore moins peuplé que la Louisiane (3 millions d’habitants). Encore une fois, nous avons opté pour une “cabin” dans un State Park : The Lake Catherine State Park que nous conseillons pour ses circuits de randonnées et sa proximité avec Hot Springs.

Les enfants étaient avec leurs copains. D’autres enfants français expatriés avec lesquels ils ne parlent que l’anglais. La langue du jeux. Chose amusante, ils repassaient parfois au français lors des disputes ou lorsque l’un d’entre eux se faisait mal. C’est impressionnant de voir ces petits êtres bilingues passer d’une langue à l’autre.
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A notre arrivée dans Hot Springs, nous avons rapidement fait les mêmes constats que dans beaucoup d’autres villes américaines. De riches quartiers résidentiels collés à des quartiers délabrés . Des églises flambant neuves tous les 500 mètres. De grandes avenues vides et des magasins en liquidation.

Ceci dit, le centre ville d’Hot springs vaut le detour. C’est une ville thermale dont les sources chaudes ont attiré des millions de personnes aux 19eme et 20 ème siècles. Force est de constater que la ville de naissance de Bill Clinton a clairement perdu de ses heures de gloire mais son avenue principale -maintenant un parc national protégé – a un charme européen. Nichée entre 2 pans de colline, une petite promenade serpente au dessus des stations thermales. Très joli. Il est possible de toucher l’eau qui est bel et bien very hot 😉

 

J’vous raconte pas (2)

Allez, vous avez encore besoin de la petite histoire à raconter à la machine à café. La petite anecdote croustillante venue tout droit du Sud des Etats Unis? Come on y’all! Suivez le guide.

 

Dans mon collège, c’est la semaine des tests. Un énorme examen pour presque toutes les classes du CE2 a la terminale. L’objectif : évaluer la qualité de l’enseignement dans les écoles. Une vraie catastrophe éducative que j’ai déjà évoqué ici.

Les élèves étant déjà testés tout le temps, il faut trouver de nouvelles manières de les motiver. A titre d’exemple, voici ce que fait mon collège cette année :

  • Offrir des cadeaux (X-box, tablets …) aux élèves qui se comportent le mieux pendant le test (tirage au sort).
  • Les élèves achètent le T-shirts fabriqués par le staff pour l’occasion (Power Up for Testing).
  • Faire un concours de décoration de porte. Le grand classique ici. Au fond de notre couloir on a fabriqué un énorme cerveau en papier. Toutes les portes du couloir ont été connectée par des fils de laine symbolisant les connections du cerveaux. De grosses lettres illuminées par des LED indiquaient “Power Up Your Brain!!!”.
  • Petit spectacle où 4 profs ont fait une “battle” de danse avec d’autres élèves.
  • L’argument de poids de notre Principale : “si vous ne réussissez pas le test, on vous obligera a venir au collège cet été pour faire du rattrapage”. Ici, personne ne redouble. Les résultats des tests n’influencent en rien ton parcours scolaire. En tout cas pas ceux là.

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Malgré tout ça, personne ne révise les tests et beaucoup vont dormir en classe cette semaine. La plupart des profs ignorent même ce qu’il y aura sur le papier. Pour tous les profs étrangers présents en Louisiane (France, Quebec, Canada, Niger …), cette période de test est une réelle aberration.


Pendant la réunion parent professeur, une maman m’a expliqué que tous les vendredi matin, elle emmène son fils à l’église avant l’école. Le service est à 6h30 et dure une heure. Le garçon enchaîne alors avec l’école à 7h40. Comme dans la plupart des pays dans le monde,  la religion est très présente dans la vie des familles. La question n’est pas “est-ce que tu vas a l’église?” mais plutôt “Dans quelle église tu vas?”.


Dans l’école d’Alice, les enseignants ont eut droit à une séance de massage. Une personne vient surveiller la classe pendant que tu vas te faire masser pendant 5 minutes. C’est pas très long mais Alice était comblée.


photoDans mon casier à l’école, je reçois souvent des papiers que je mets a la poubelle. L’année prochaine ma rentrée sera en France alors j’ai regardé celui-ci avec une certaine émotion et je l’ai pris en photo. Le polycopie dit “Vous avez le droit de porter un jean demain si vous payez $1″.


Le jour où j’écris cet article, il y a eu une bagarre dans la cours et avec l’aide d’une collègue nous avons séparé 2 grands gaillards en train de se mettre dessus. Vu mon gabarit, j’ai fait ce que j’ai pu pour ne pas m’en prendre une. Ces événements sont si fréquents qu’à notre dernière réunion, la Principale s’est amusée à montrer comment l’équipe a géré l’une des bagarres dans un couloir. On a donc tous regardé la caméra de surveillance et bien rit en voyant Mr Hudi, prof d’histoire, faire écran entre deux élèves. Hahaha.


Quelques minutes plus tard, à cette même réunion, une jeune prof américaine fond en larmes. C’est sa première année et elle est complètement dépassée par ses élèves. J’ai alors bien aimé le conseil très solennel d’une collègue : “Surtout, quoique tu fasses – pause –  ne pleure jamais devant les élèves – pause – sinon tu auras perdu à leurs yeux“. Un conseil complètement inutile que cette ancienne serveuse de restaurant a pris avec beaucoup de sérieux.


Un autre conseil extraordinaire nous a été donné par une prof que j’aime beaucoup. Le voici en résumé : “A la fin de l’année, ne dites pas aux élèves que les tests hebdomadaires ne comptent plus. Faites leur faire le test et au lieu de le noter, jetez les à la poubelle“.

Je l’ai expliqué de 100 manières différentes sur ce blog, ce système scolaire est extrêmement défaillant et les communautés pauvres comme celle de mon collège en sont les plus grandes victimes.


Ce vendredi c’est Book Character Day à l’école de nos enfants. Ces derniers vont se déguiser en fonction d’un personnage de livre. Un grande tradition dans les écoles américaines. Non madame, tout n’est pas négatif dans ces écoles américaines 😉

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Lire ou relire “J’vous raconte pas (1)

St Patrick à Baton Rouge

A une heure de Lafayette se trouve Baton Rouge. La capitale de l’Etat où nous allons finalement très rarement. On peut y voir le capitol, juché devant la maison du gouverneur et le vieux capitol aux allures médiévales. Mais pour moi, la beauté de ville réside dans les charmes de ses quartiers résidentiels. Ce weekend était la traditionnelle parade de St Patrick.… Read more →

Can I get an AMEN?

Enseigner aux Etats-Unis, qui plus est dans le sud des Etats Unis,  est une aventure pleine de surprises. Au début, on passe pas mal de temps à comparer :”Mais tu te rends compte si ça arrivait en France??!”. Puis, peu à peu, on arrête de comparer. L’article suivant parle d’une journée de formation ; une journée de formation aux Etats Unis.

Ce jour-là, c’est Larry Bell, un grand gaillard afro-américain qui fait résonner sa voix de pasteur aux quatre coins d’une grande salle de conférence où nous sommes tous rassemblés. 300 profs venus écouter Larry Bell nous présenter SA méthode. Une stratégie qui consiste à faire apprendre aux élèves une chanson rassemblant les 12 mots importants de l’élève. (ex: analyse, contrast, describe …). Vidéo

L’homme déploie une énergie monstre. Il se déplace dans la salle, prend à partie les profs comme un comique pourrait le faire. “Comment tu t’appelles? Meghan?” – “Allez tout le monde dit ‘bonjour Meghan'” – “Meghan est extra-ordinaire! – tout le monde dit Meghan est ‘amazing’ – dîtes le à votre voisin maintenant …” Il s’interrompt de temps en temps pour lancer un “Can I get an Amen?! – AAAmen”.

Le formateur #pasteur choisi même 10 profs au hasard et leur demande de faire une petite chorégraphie avant de dire “Répétez après moi! Tous les élèves sont géniaux de la tête au pied!! – Plus fort!!” – “Super vous êtes extraordinaire!”. Toutes les 5 minutes, Larry Bell nous fait chanter ou répéter un mot : “Everybody say ‘passion’!, everybody say ‘ I care’!.”Allez chantez avec moi ‘we all need somebody to lean on...”.  A écouter ICI.

Dans le public, les collègues à ma table essaient de deviner combien le bonhomme est payé pour nous faire sa présentation. Mr Wright, collègue de sciences propose $8000, Coach Champagne à ses côtés secoue la tête d’un air solennel : “Non, au moins $10,000”. La plupart des profs ont l’air désabusés, blasés par ce type de “inspirational training” qu’ils voient trop souvent.

Car tous les formateurs #pasteurs du monde ne changeront rien à leur réalité. Des enseignants sans voix, pris à la gorge par un rythme scolaire absurde ; jugés sur des tests fabriqués par des entreprises privées, impuissants face aux parents et face à leurs superviseurs. Cette année la Louisiane a été élu le 51eme système éducatif du pays. Aujourd’hui, nous sommes sur le Titanic et alors que le bateau sombre sous la surface, cet homme originaire de Virginie, nous fait chanter pour nous vendre ses DVD’s et ses posters.

Un peu plus tôt cette semaine, Donald Trump faisait son premier discours devant le congrès et présentait l’éducation comme “le problème des droits civiques de notre temps”. Entièrement d’accord Donald ; je suis aussi intimement persuadé que ce problème américain se réglera de la même façon. Des individus devront désobéir et résister. Les gens ne croient plus en la politique? Très bien, qui a besoin d’un président quand on a la rue et le bon sens de son côté. Optimiste de nature, je sais que ce moment arrivera et qui sait, peut être que le début de cette nouvelle marche viendra de Louisiane, depuis une petite ville au nord de Lafayette.


 

Pour le plaisir, voici une vidéo de Larry Bell (notre formateur à la voix de pasteur 😉

Le cash : une valeur américaine

Le cash : une valeur américaine

Le billet vert américain; très souvent mis en scène au cinéma, incontournable dans les clips de rap US ou dans les séries . Il fait clairement partie de l’imaginaire lié aux Etats-Unis. Voici 6 histoires vraies liées au cash dans ce beau pays, temple de la consommation.   “Est-ce que vous aimez le cash??!!!” “J’entends rien! Est-ce que vous aimez… Read more →

New Orleans Krewe

J’aime beaucoup cette citation de Tennessee Williams : “Aux Etats Unis, il y a seulement 3 villes : New York, San Francisco et la Nouvelle Orléans, toutes les autres villes sont Cleveland”. New Orleans ne laisse pas indifférent et c’est toujours un plaisir d’y séjourner. Cette fois, nous avons opté à nouveau pour le quartier d’Algiers, le deuxième quartier le plus vieux de la ville. Un ferry nous permet de traverser le Mississippi pour atteindre le French quarter.

Le weekend dernier était celui de la parade du Krewe du Vieux, un parade subversive qui s’engage politiquement. Plusieurs chars se moquaient ouvertement de Trump et de ses liens avec la Russie. Beaucoup d’allusions sexuelles mais toujours très bon enfant sans (trop de) vulgarité. On avait prévenu les enfants qu’ils allaient certainement voir des personnes déguisées en “zizi”. Nous n’avions pas prévu ces dizaines de personnes déguisés en sex féminin en l’honneur de la fameuse citation de Trump “Grab her by the pussy”.

J’ai pris beaucoup de plaisir à faire cette vidéo qui j’espère reflète un peu de l’ambiance de cette ville chère à notre coeur.

New Orleans Krewe from Mi KL on Vimeo.

Chroniques d’une Amérique Trumpienne.

Bon, je sens comme une inquiétude. Vous vous demandez comment se passe notre survie dans l’Amérique du 45ème président. Et bien, on continue à vivre gentiment. Les panneaux Trump sont toujours plantés fermement dans les jardins de certaines maisons. La Louisiane nous offre les premiers bourgeons du printemps au mois janvier. Le soleil brille, tout va bien. On a bien l’impression de vivre dans un pays qui vit une crise historique mais aucun vent de révoltes ne vient perturber notre jolie campagne louisianaise.

Ceci dit, la Nouvelle Orléans a tenue – fièrement – une “Women March”. Nombre de voiture brûlées : zero. Nombre de vitrines cassées : zéro. Incompréhensible 😉

Notre quotidien suit son cours et en voici quelques épisodes :


Restorative_Discipline_360x240Lasie et Masie sont deux jumelles de 12 ans qui sont dans ma classe de 6ème. La mode du moment ici, est de donner des prénoms similaires aux jumeaux. Du coup, j’ai aussi des jumelles qui s’appellent Mya et Marlee et d’autres prénommées Mykeria and Mykayla. Pas très pratique à la maison j’imagine.

Lasie et Masie sont très bavardes et plutôt insolentes en ce moment. Du coup, je demande à voir la maman. Cette dernière, mère au foyer, se rend rapidement disponible. La trentaine, afro-américaine, ancienne élève de ce même collège, cette dame chaleureuse et mère de quatre enfants semblent prendre leur éducation aux sérieux.

Nous parlons des qualités de ses filles. Elle évoque quelques soucis à la maison, s’arrête un instant et dit “Je ne sais pas si c’est lié mais, les filles ont récemment perdu leur cousin. On lui a tiré dessus le mois dernier.” Je la regarde et je dis dans un anglais impeccable “ah … euh … oui, peut être”.


Autre réunion, autre enfant. Abdullah est un enfant d’origine yéménite souvent incontrôlable en classe. Je rencontre la mère et la grande soeur de 20 ans. La soeur est là pour traduire car la maman ne parle que l’arabe. J’explique la situation à la soeur sour le regard de l’assistante principale et de la conseillère d’orientation. La soeur traduit au fur et à mesure. Ca fait bizarre d’entendre de l’arabe, ça donne un petit côté exotique à cette réunion qui se veut très solennelle.

Donc je résume, le prof de français (moi) explique la situation à la soeur en anglais, qui traduit en arabe. La maman semble désolée mais plutôt impuissante. Abdullah, présent dans le bureau, se sent pousser des ailes et commence à plaider sa cause devant un parterre d’adultes prêts à le cuisiner. Un élan coupé en plein vol par sa soeur qui l’interrompt sans ménagement. “De toute façon, tu sais ce qui va se passer. Quand papa va revenir de son voyage, il va te battre. Alors, il faut que tu arrêtes.”

L’argument de la violence corporelle a fait mouche dans l’assemblée et je n’ai même pas levé la tête pour voir les têtes de mes collègues acquiescées. Je crois que j’ai passé trop de temps en Louisiane car, à ce moment là, l’idée de taper ce môme me semblait tout à fait valide. Douce Europe, attend moi, j’arrive.

Petits rappels des établissement qui autorisent les punitions corporelles en 1917, euh pardon en 2017. Des chiffres qui nous aident à comprendre la peine de mort. C’est vrai : que reste-t-il quand on fait une grosse grosse bêtise? Quand tous les coups de bâton ont échoué? La peine mort. CQFD 😉

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push upAlice a commencé un remplacement dans un nouvel établissement, en charge d’une classe de CM1. Au hasard de son emploi du temps, elle tombe sur un cours de sport, façon Sud des Etats Unis. Des élèves de 6 ans en ligne, en train de faire des pompes et et des abdos. Alice : “A un âge où ils sont sensés faire de la motricité, ils leur font faire de la musculation”.


Cette semaine il y avait le Festival On The Bayou qui présentait notamment un film intitulé “Zachary Richard, Cajun Heart”. Une émotion palpable dans la salle pour ce film qui met en avant la culture cajun et surtout l’histoire des acadiens.

Zachary est une célébrité en Louisiane mais surtout au Canada. Dans ce film, on le voit partir sur les traces de ses ancêtres, de la Nouvelle Ecosse jusqu’en Louisiane.

A la fin du film, le réalisateur canadien, Phil Comeau, était présent pour répondre aux questions du public. Ce dernier a pris le parti de parler un maximum en français quitte à négliger un peu les “anglophone monolingue” dans la salle. A côté de moi, je sens mon ami et collègue du Codofil sourire : “Ca Mikaël, c’est ce qu’on appelle de l’activisme francophone!”.

USA : des enseignants pieds et poings liés

Il est 15h30 précisément quand je rentre dans ma salle de classe. Je viens de terminer ma dernière surveillance de couloir et à 15h31, je m’assois à mon bureau, j’attends mes collègues.

La veille au soir, j’avais envoyé un mail commun leur demandant de me rejoindre dans ma classe : “Il faut gentiment faire comprendre à notre super-intendante que les décisions qu’elle prend sont néfastes pour nos élèves. Rejoignez-moi dans ma classe, on parlera de tout ça.”

 Au mois d’Octobre dernier, la dites “super intendante” avait pris la décision de rallonger la journée d’enseignement et ce, jusqu’aux vacances de Noël. La raison : remplacer les quelques cours manqués lors des inondations du mois d’août. Une décision aberrante dans un système américain déjà surchargé sans récréation et presque sans pause repas.

 Noël arrive et je vois Ms Kidder (collègue de maths) débouler dans ma classe. “Mikaëll!! Tu as vu tes mails!? Regarde tes mails!! Ils prolongent la réforme!! Il faut que tu leur envoies un autre mail”. En prenant cette décision, la super-intendante a complètement ignoré le point de vue de tous les enseignants et parents de sa région.  Comme investi d’une pseudo-mission, j’envoie un autre email à notre grande chef et je mets encore une fois l’ensemble de mes collègues en copie. Le ton monte et je me vois menacer de sanctions disciplinaires.

Ici les enseignants n’ont JAMAIS l’opportunité de se rassembler. Très pratique pour les dirigeants. Il n’y a ni pause, ni récréation, ni repas en commun pour communiquer. Alors, je propose d’organiser ma propre réunion, une première pour moi. Comprenez moi bien, je n’ai jamais été syndiqué, jamais participé à une grève de ma vie. Choqué par l’absence totale d’action sociale de mon pays d’accueil, je me hasarde et comble le silence pesant de mes collègues.

Il est 15h45, je suis toujours à mon bureau, dans le calme olympien d’une salle de classe sans élèves, j’attends. J’attends et je comprends que personne ne viendra. Plusieurs collègues étaient venus me voir un peu plus tôt : “Tu sais, ici les gens ne veulent pas prendre le risque de perdre leur travail”, ” Tu sais on est pieds et poings liés”. Une autre prof m’avait fait passer une note par élève qui disait “Bravo pour ce que tu fais pour nous”.

 

Un article intitulé “Des professeurs sans voix et sans pouvoir” (“Teachers voiceless and powerless” by Esther J Cepeda) nous explique que les enseignants (américains) ont l’impression de ne pas avoir le droit de discuter des problèmes de leur système scolaire. Des notes élevées dues à la pression des parents, des tests standardisés à outrance, des rythmes de travail aberrants. Les enseignants ne peuvent pas se plaindre – nous explique l’auteur – ils doivent endurer avec force et dignité pour maintenir le respect de leurs pairs, de leur supérieurs, des élèves et de leur communauté. 

Certains enseignants brisent cependant le silence en donnant des témoignages anonymes comme celui paru dans l’article Valérie Strauss dans le Washington Post. Elle raconte : “Enseignant : Pourquoi J’ai honte de faire partie de ce système” et “je reste anonyme par peur des représailles”.

Oui, ce sont bien les Etats Unis et oui c’est le 21ème siècle.

Amis parisiens, mes frères banlieusards, levez le menton la prochaine fois qu’une grève SNCF vous collent le visage contre la vitre d’un train. Le progrès social a un prix, je le comprends mieux maintenant. L’éducation publique américaine continue à creuser son trou; un gouffre dans lequel des milliers d’enseignants motivés évoluent, dans un silence de plomb, pieds et poings liés.

 

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