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J’vous raconte pas (2)

Allez, vous avez encore besoin de la petite histoire à raconter à la machine à café. La petite anecdote croustillante venue tout droit du Sud des Etats Unis? Come on y’all! Suivez le guide.

 

Dans mon collège, c’est la semaine des tests. Un énorme examen pour presque toutes les classes du CE2 a la terminale. L’objectif : évaluer la qualité de l’enseignement dans les écoles. Une vraie catastrophe éducative que j’ai déjà évoqué ici.

Les élèves étant déjà testés tout le temps, il faut trouver de nouvelles manières de les motiver. A titre d’exemple, voici ce que fait mon collège cette année :

  • Offrir des cadeaux (X-box, tablets …) aux élèves qui se comportent le mieux pendant le test (tirage au sort).
  • Les élèves achètent le T-shirts fabriqués par le staff pour l’occasion (Power Up for Testing).
  • Faire un concours de décoration de porte. Le grand classique ici. Au fond de notre couloir on a fabriqué un énorme cerveau en papier. Toutes les portes du couloir ont été connectée par des fils de laine symbolisant les connections du cerveaux. De grosses lettres illuminées par des LED indiquaient “Power Up Your Brain!!!”.
  • Petit spectacle où 4 profs ont fait une “battle” de danse avec d’autres élèves.
  • L’argument de poids de notre Principale : “si vous ne réussissez pas le test, on vous obligera a venir au collège cet été pour faire du rattrapage”. Ici, personne ne redouble. Les résultats des tests n’influencent en rien ton parcours scolaire. En tout cas pas ceux là.

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Malgré tout ça, personne ne révise les tests et beaucoup vont dormir en classe cette semaine. La plupart des profs ignorent même ce qu’il y aura sur le papier. Pour tous les profs étrangers présents en Louisiane (France, Quebec, Canada, Niger …), cette période de test est une réelle aberration.


Pendant la réunion parent professeur, une maman m’a expliqué que tous les vendredi matin, elle emmène son fils à l’église avant l’école. Le service est à 6h30 et dure une heure. Le garçon enchaîne alors avec l’école à 7h40. Comme dans la plupart des pays dans le monde,  la religion est très présente dans la vie des familles. La question n’est pas “est-ce que tu vas a l’église?” mais plutôt “Dans quelle église tu vas?”.


Dans l’école d’Alice, les enseignants ont eut droit à une séance de massage. Une personne vient surveiller la classe pendant que tu vas te faire masser pendant 5 minutes. C’est pas très long mais Alice était comblée.


photoDans mon casier à l’école, je reçois souvent des papiers que je mets a la poubelle. L’année prochaine ma rentrée sera en France alors j’ai regardé celui-ci avec une certaine émotion et je l’ai pris en photo. Le polycopie dit “Vous avez le droit de porter un jean demain si vous payez $1″.


Le jour où j’écris cet article, il y a eu une bagarre dans la cours et avec l’aide d’une collègue nous avons séparé 2 grands gaillards en train de se mettre dessus. Vu mon gabarit, j’ai fait ce que j’ai pu pour ne pas m’en prendre une. Ces événements sont si fréquents qu’à notre dernière réunion, la Principale s’est amusée à montrer comment l’équipe a géré l’une des bagarres dans un couloir. On a donc tous regardé la caméra de surveillance et bien rit en voyant Mr Hudi, prof d’histoire, faire écran entre deux élèves. Hahaha.


Quelques minutes plus tard, à cette même réunion, une jeune prof américaine fond en larmes. C’est sa première année et elle est complètement dépassée par ses élèves. J’ai alors bien aimé le conseil très solennel d’une collègue : “Surtout, quoique tu fasses – pause –  ne pleure jamais devant les élèves – pause – sinon tu auras perdu à leurs yeux“. Un conseil complètement inutile que cette ancienne serveuse de restaurant a pris avec beaucoup de sérieux.


Un autre conseil extraordinaire nous a été donné par une prof que j’aime beaucoup. Le voici en résumé : “A la fin de l’année, ne dites pas aux élèves que les tests hebdomadaires ne comptent plus. Faites leur faire le test et au lieu de le noter, jetez les à la poubelle“.

Je l’ai expliqué de 100 manières différentes sur ce blog, ce système scolaire est extrêmement défaillant et les communautés pauvres comme celle de mon collège en sont les plus grandes victimes.


Ce vendredi c’est Book Character Day à l’école de nos enfants. Ces derniers vont se déguiser en fonction d’un personnage de livre. Un grande tradition dans les écoles américaines. Non madame, tout n’est pas négatif dans ces écoles américaines 😉

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Lire ou relire “J’vous raconte pas (1)

St Patrick à Baton Rouge

A une heure de Lafayette se trouve Baton Rouge. La capitale de l’Etat où nous allons finalement très rarement. On peut y voir le capitol, juché devant la maison du gouverneur et le vieux capitol aux allures médiévales. Mais pour moi, la beauté de ville réside dans les charmes de ses quartiers résidentiels. Ce weekend était la traditionnelle parade de St Patrick.… Read more →

Can I get an AMEN?

Enseigner aux Etats-Unis, qui plus est dans le sud des Etats Unis,  est une aventure pleine de surprises. Au début, on passe pas mal de temps à comparer :”Mais tu te rends compte si ça arrivait en France??!”. Puis, peu à peu, on arrête de comparer. L’article suivant parle d’une journée de formation ; une journée de formation aux Etats Unis.

Ce jour-là, c’est Larry Bell, un grand gaillard afro-américain qui fait résonner sa voix de pasteur aux quatre coins d’une grande salle de conférence où nous sommes tous rassemblés. 300 profs venus écouter Larry Bell nous présenter SA méthode. Une stratégie qui consiste à faire apprendre aux élèves une chanson rassemblant les 12 mots importants de l’élève. (ex: analyse, contrast, describe …). Vidéo

L’homme déploie une énergie monstre. Il se déplace dans la salle, prend à partie les profs comme un comique pourrait le faire. “Comment tu t’appelles? Meghan?” – “Allez tout le monde dit ‘bonjour Meghan'” – “Meghan est extra-ordinaire! – tout le monde dit Meghan est ‘amazing’ – dîtes le à votre voisin maintenant …” Il s’interrompt de temps en temps pour lancer un “Can I get an Amen?! – AAAmen”.

Le formateur #pasteur choisi même 10 profs au hasard et leur demande de faire une petite chorégraphie avant de dire “Répétez après moi! Tous les élèves sont géniaux de la tête au pied!! – Plus fort!!” – “Super vous êtes extraordinaire!”. Toutes les 5 minutes, Larry Bell nous fait chanter ou répéter un mot : “Everybody say ‘passion’!, everybody say ‘ I care’!.”Allez chantez avec moi ‘we all need somebody to lean on...”.  A écouter ICI.

Dans le public, les collègues à ma table essaient de deviner combien le bonhomme est payé pour nous faire sa présentation. Mr Wright, collègue de sciences propose $8000, Coach Champagne à ses côtés secoue la tête d’un air solennel : “Non, au moins $10,000”. La plupart des profs ont l’air désabusés, blasés par ce type de “inspirational training” qu’ils voient trop souvent.

Car tous les formateurs #pasteurs du monde ne changeront rien à leur réalité. Des enseignants sans voix, pris à la gorge par un rythme scolaire absurde ; jugés sur des tests fabriqués par des entreprises privées, impuissants face aux parents et face à leurs superviseurs. Cette année la Louisiane a été élu le 51eme système éducatif du pays. Aujourd’hui, nous sommes sur le Titanic et alors que le bateau sombre sous la surface, cet homme originaire de Virginie, nous fait chanter pour nous vendre ses DVD’s et ses posters.

Un peu plus tôt cette semaine, Donald Trump faisait son premier discours devant le congrès et présentait l’éducation comme “le problème des droits civiques de notre temps”. Entièrement d’accord Donald ; je suis aussi intimement persuadé que ce problème américain se réglera de la même façon. Des individus devront désobéir et résister. Les gens ne croient plus en la politique? Très bien, qui a besoin d’un président quand on a la rue et le bon sens de son côté. Optimiste de nature, je sais que ce moment arrivera et qui sait, peut être que le début de cette nouvelle marche viendra de Louisiane, depuis une petite ville au nord de Lafayette.


 

Pour le plaisir, voici une vidéo de Larry Bell (notre formateur à la voix de pasteur 😉

Le cash : une valeur américaine

Le cash : une valeur américaine

Le billet vert américain; très souvent mis en scène au cinéma, incontournable dans les clips de rap US ou dans les séries . Il fait clairement partie de l’imaginaire lié aux Etats-Unis. Voici 6 histoires vraies liées au cash dans ce beau pays, temple de la consommation.   “Est-ce que vous aimez le cash??!!!” “J’entends rien! Est-ce que vous aimez… Read more →

New Orleans Krewe

J’aime beaucoup cette citation de Tennessee Williams : “Aux Etats Unis, il y a seulement 3 villes : New York, San Francisco et la Nouvelle Orléans, toutes les autres villes sont Cleveland”. New Orleans ne laisse pas indifférent et c’est toujours un plaisir d’y séjourner. Cette fois, nous avons opté à nouveau pour le quartier d’Algiers, le deuxième quartier le plus vieux de la ville. Un ferry nous permet de traverser le Mississippi pour atteindre le French quarter.

Le weekend dernier était celui de la parade du Krewe du Vieux, un parade subversive qui s’engage politiquement. Plusieurs chars se moquaient ouvertement de Trump et de ses liens avec la Russie. Beaucoup d’allusions sexuelles mais toujours très bon enfant sans (trop de) vulgarité. On avait prévenu les enfants qu’ils allaient certainement voir des personnes déguisées en “zizi”. Nous n’avions pas prévu ces dizaines de personnes déguisés en sex féminin en l’honneur de la fameuse citation de Trump “Grab her by the pussy”.

J’ai pris beaucoup de plaisir à faire cette vidéo qui j’espère reflète un peu de l’ambiance de cette ville chère à notre coeur.

New Orleans Krewe from Mi KL on Vimeo.

Chroniques d’une Amérique Trumpienne.

Bon, je sens comme une inquiétude. Vous vous demandez comment se passe notre survie dans l’Amérique du 45ème président. Et bien, on continue à vivre gentiment. Les panneaux Trump sont toujours plantés fermement dans les jardins de certaines maisons. La Louisiane nous offre les premiers bourgeons du printemps au mois janvier. Le soleil brille, tout va bien. On a bien l’impression de vivre dans un pays qui vit une crise historique mais aucun vent de révoltes ne vient perturber notre jolie campagne louisianaise.

Ceci dit, la Nouvelle Orléans a tenue – fièrement – une “Women March”. Nombre de voiture brûlées : zero. Nombre de vitrines cassées : zéro. Incompréhensible 😉

Notre quotidien suit son cours et en voici quelques épisodes :


Restorative_Discipline_360x240Lasie et Masie sont deux jumelles de 12 ans qui sont dans ma classe de 6ème. La mode du moment ici, est de donner des prénoms similaires aux jumeaux. Du coup, j’ai aussi des jumelles qui s’appellent Mya et Marlee et d’autres prénommées Mykeria and Mykayla. Pas très pratique à la maison j’imagine.

Lasie et Masie sont très bavardes et plutôt insolentes en ce moment. Du coup, je demande à voir la maman. Cette dernière, mère au foyer, se rend rapidement disponible. La trentaine, afro-américaine, ancienne élève de ce même collège, cette dame chaleureuse et mère de quatre enfants semblent prendre leur éducation aux sérieux.

Nous parlons des qualités de ses filles. Elle évoque quelques soucis à la maison, s’arrête un instant et dit “Je ne sais pas si c’est lié mais, les filles ont récemment perdu leur cousin. On lui a tiré dessus le mois dernier.” Je la regarde et je dis dans un anglais impeccable “ah … euh … oui, peut être”.


Autre réunion, autre enfant. Abdullah est un enfant d’origine yéménite souvent incontrôlable en classe. Je rencontre la mère et la grande soeur de 20 ans. La soeur est là pour traduire car la maman ne parle que l’arabe. J’explique la situation à la soeur sour le regard de l’assistante principale et de la conseillère d’orientation. La soeur traduit au fur et à mesure. Ca fait bizarre d’entendre de l’arabe, ça donne un petit côté exotique à cette réunion qui se veut très solennelle.

Donc je résume, le prof de français (moi) explique la situation à la soeur en anglais, qui traduit en arabe. La maman semble désolée mais plutôt impuissante. Abdullah, présent dans le bureau, se sent pousser des ailes et commence à plaider sa cause devant un parterre d’adultes prêts à le cuisiner. Un élan coupé en plein vol par sa soeur qui l’interrompt sans ménagement. “De toute façon, tu sais ce qui va se passer. Quand papa va revenir de son voyage, il va te battre. Alors, il faut que tu arrêtes.”

L’argument de la violence corporelle a fait mouche dans l’assemblée et je n’ai même pas levé la tête pour voir les têtes de mes collègues acquiescées. Je crois que j’ai passé trop de temps en Louisiane car, à ce moment là, l’idée de taper ce môme me semblait tout à fait valide. Douce Europe, attend moi, j’arrive.

Petits rappels des établissement qui autorisent les punitions corporelles en 1917, euh pardon en 2017. Des chiffres qui nous aident à comprendre la peine de mort. C’est vrai : que reste-t-il quand on fait une grosse grosse bêtise? Quand tous les coups de bâton ont échoué? La peine mort. CQFD 😉

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push upAlice a commencé un remplacement dans un nouvel établissement, en charge d’une classe de CM1. Au hasard de son emploi du temps, elle tombe sur un cours de sport, façon Sud des Etats Unis. Des élèves de 6 ans en ligne, en train de faire des pompes et et des abdos. Alice : “A un âge où ils sont sensés faire de la motricité, ils leur font faire de la musculation”.


Cette semaine il y avait le Festival On The Bayou qui présentait notamment un film intitulé “Zachary Richard, Cajun Heart”. Une émotion palpable dans la salle pour ce film qui met en avant la culture cajun et surtout l’histoire des acadiens.

Zachary est une célébrité en Louisiane mais surtout au Canada. Dans ce film, on le voit partir sur les traces de ses ancêtres, de la Nouvelle Ecosse jusqu’en Louisiane.

A la fin du film, le réalisateur canadien, Phil Comeau, était présent pour répondre aux questions du public. Ce dernier a pris le parti de parler un maximum en français quitte à négliger un peu les “anglophone monolingue” dans la salle. A côté de moi, je sens mon ami et collègue du Codofil sourire : “Ca Mikaël, c’est ce qu’on appelle de l’activisme francophone!”.

USA : des enseignants pieds et poings liés

Il est 15h30 précisément quand je rentre dans ma salle de classe. Je viens de terminer ma dernière surveillance de couloir et à 15h31, je m’assois à mon bureau, j’attends mes collègues.

La veille au soir, j’avais envoyé un mail commun leur demandant de me rejoindre dans ma classe : “Il faut gentiment faire comprendre à notre super-intendante que les décisions qu’elle prend sont néfastes pour nos élèves. Rejoignez-moi dans ma classe, on parlera de tout ça.”

 Au mois d’Octobre dernier, la dites “super intendante” avait pris la décision de rallonger la journée d’enseignement et ce, jusqu’aux vacances de Noël. La raison : remplacer les quelques cours manqués lors des inondations du mois d’août. Une décision aberrante dans un système américain déjà surchargé sans récréation et presque sans pause repas.

 Noël arrive et je vois Ms Kidder (collègue de maths) débouler dans ma classe. “Mikaëll!! Tu as vu tes mails!? Regarde tes mails!! Ils prolongent la réforme!! Il faut que tu leur envoies un autre mail”. En prenant cette décision, la super-intendante a complètement ignoré le point de vue de tous les enseignants et parents de sa région.  Comme investi d’une pseudo-mission, j’envoie un autre email à notre grande chef et je mets encore une fois l’ensemble de mes collègues en copie. Le ton monte et je me vois menacer de sanctions disciplinaires.

Ici les enseignants n’ont JAMAIS l’opportunité de se rassembler. Très pratique pour les dirigeants. Il n’y a ni pause, ni récréation, ni repas en commun pour communiquer. Alors, je propose d’organiser ma propre réunion, une première pour moi. Comprenez moi bien, je n’ai jamais été syndiqué, jamais participé à une grève de ma vie. Choqué par l’absence totale d’action sociale de mon pays d’accueil, je me hasarde et comble le silence pesant de mes collègues.

Il est 15h45, je suis toujours à mon bureau, dans le calme olympien d’une salle de classe sans élèves, j’attends. J’attends et je comprends que personne ne viendra. Plusieurs collègues étaient venus me voir un peu plus tôt : “Tu sais, ici les gens ne veulent pas prendre le risque de perdre leur travail”, ” Tu sais on est pieds et poings liés”. Une autre prof m’avait fait passer une note par élève qui disait “Bravo pour ce que tu fais pour nous”.

 

Un article intitulé “Des professeurs sans voix et sans pouvoir” (“Teachers voiceless and powerless” by Esther J Cepeda) nous explique que les enseignants (américains) ont l’impression de ne pas avoir le droit de discuter des problèmes de leur système scolaire. Des notes élevées dues à la pression des parents, des tests standardisés à outrance, des rythmes de travail aberrants. Les enseignants ne peuvent pas se plaindre – nous explique l’auteur – ils doivent endurer avec force et dignité pour maintenir le respect de leurs pairs, de leur supérieurs, des élèves et de leur communauté. 

Certains enseignants brisent cependant le silence en donnant des témoignages anonymes comme celui paru dans l’article Valérie Strauss dans le Washington Post. Elle raconte : “Enseignant : Pourquoi J’ai honte de faire partie de ce système” et “je reste anonyme par peur des représailles”.

Oui, ce sont bien les Etats Unis et oui c’est le 21ème siècle.

Amis parisiens, mes frères banlieusards, levez le menton la prochaine fois qu’une grève SNCF vous collent le visage contre la vitre d’un train. Le progrès social a un prix, je le comprends mieux maintenant. L’éducation publique américaine continue à creuser son trou; un gouffre dans lequel des milliers d’enseignants motivés évoluent, dans un silence de plomb, pieds et poings liés.

 

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Happy New Year y’all !!

 

Bonne année à tous!

Merci pour votre présence sur ce blog. Merci pour les presques 9000 visites que nous avons eu cette année.

C’est un plaisir de partager notre aventure qui touche bientôt à sa fin. L’année 2017 sera encore une année de changements pour nous.

Du fin fond de notre Louisiane, on vous embrasse et on vous envoie quelques photos inédites prises cet hiver :)

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Un grand merci à tata Flo et tonton Guillaume d’être venus partager les fêtes de Noël avec nous.

Bisous!!

Parce que c’est l’Amérique

Il y a toujours et encore des moments que nous ne pouvons vivre qu’ici, aux Etats Unis. Des moments qui nous font sourire, nous énervent ou qui nous déstabilisent. Des instants qui nous rappellent à chaque fois, à quel point on est français.

 

d005dbc73d71ade0ca2ae94a94f21d23Dans l’école d’Alice pour Noël, les enseignants peuvent retrouver dans leur casier un mot qui dit “You’ve been mugged”. Un mot accompagne un mug. L’enseignant “muggé” doit à son tour offrir un mug à un collègue et tout ça dans le plus grand secret.


First deer killUn de mes élèves nous a annoncé avoir tué son premier cerf. Il a ajouté que la tradition veut que l’on mette le sang de l’animal mort sur son visage. J’ai pensé d’abord que l’ado se foutait de nous et puis j’ai tapé “First deer kill” dans google. J’y ai trouvé plusieurs dizaines d’enfants avec le visage en sang. Dans notre collège quasiment tous les enfants chassent avec papa et/ou maman.


Il y a quelques semaines, nous étions dans un parc avec les enfants pour une petit concert un plein air. Un couple d’une cinquantaine d’année s’est approché, l’homme a regardé nos enfants avant de sortir son porte feuille. Il en a sorti 4 dollars qu’il a donné aux 4 enfants qui étaient avec nous. Sans aucune raison :)


unnamedSi notre fils complète tous ses devoirs à l’école, sa maitresse lui donne un bon pour avoir une glace chez Sonic ; un fast food dans le quartier.


logo-transCette année, l’Université de Lafayette a organisé une sorte de kermesse dans l’école des enfants. Une pizza, un soda et un chocolat chaud étaient offerts à toutes les familles. Les enfants pouvaient, entre autres, fabriquer des bonhomme de neige en Marshmallows. Des militaires étaient aussi de la partie et proposaient aux élèves d’écrire une lettre de soutien aux troupes sur le terrain.


cajun activistDans le cadre du prochain film documentaire que je prépare avec un collègue, j’interviewe pas mal de monde. Samedi dernier, c’était Maggie, une jeune activiste qui se bat pour faire vivre le français en Louisiane. Après 45 minutes d’interview très intéressant, je lui dis en guise de question : “En tant que français, je suis vraiment surpris par ta manière de mener ce combat et de répondre à nos questions. Un français dans ta position aurait très vite “taper” sur le gouvernement en citant des politiciens qui ne font pas leur boulot. Toi, tu penses avant tout à ce que toi et ta communauté peut faire pour ta cause”.

Elle sourit et dit : “En français cajun, le mot “flag” se dit “flag”, on ne dit pas “drapeau”. En cajun, “drapeau” c’est une couche de bébé. Ca te donne une idée de notre mentalité envers le nationalisme et le gouvernement. On se méfie du gouvernement. On préfère faire les choses nous même plutôt que demander quelque chose au gouvernement qui prendra des années.”


Cette semaine, une petite de 6eme grade est venue me voir après le cours. Mallory est une élève travailleuse toujours soucieuse de bien faire. Apres avoir présenté le pays Africain francophone qu’elle devait étudié, elle me demande : “Monsieur, est-ce que je peux garder le poster?”. Je réponds que ça ne m’arrange pas car je veux les afficher dans la classe. Ce à quoi la petite me répond “Oh mais mon père sort de prison lundi et je voulais lui montrer, ca fait 3 mois que je ne l’ai pas vu.” Enseigner en Louisiane, c’est possiblement enseigner à des élèves dont les parents sont en prison. En 2008, j’étais dans une quartier noir et la moitié de mes élèves avait papa ou maman en prison.

The 13th Amemdment est un documentaire qui tire son nom de l’amendement qui a aboli l’esclavage. Le film fait le lien entre la fin de l’esclavage et la criminalisation constante de la communauté noir. Pour rappel, les Etats Unis est le pays qui incarcère le plus au monde.

Mon plan pour rencontrer Donald Trump

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Il est 9h30, le haut parleur de ma classe interrompt mon cours (encore).  “Veuillez excuser cette interruption, nous avons une nouvelle importante : le professeur de l’année 2016 sera Monsieur…” . Et boom, me voici propulsé “professeur de l’année“. En face de moi, les élèves applaudissent, l’occasion pour eux d’arrêter de travailler.  Je tente de remettre rapidement tout le monde au travail. “Oui, oui, je suis content. Allez, on écoute …”. Le téléphone de ma classe sonne (encore), c’est ma collègue de Maths “Ah, je t’avais dit qu’on voterait pour toi. Cette année il y a eu Trump, et toi!! Bravo! T’es un super prof!!”. Au même moment, ma principale rentre dans ma classe un dossier en main :”Bravo! Voici le dossier que vous avez à remplir avant vendredi. Vous avez un PortFolio à faire. Ne faites pas la vidéo pour l’instant, c’est pour le meilleur prof de l’état.”

Après Trump, c’est la deuxième élection que je ne vois pas venir. Comprenez moi bien, je ne suis pas le “meilleur prof de l’école”. Tout simplement car, après plus de 2 ans, je suis et je resterai beaucoup moins efficace qu’un bon prof américain. Mes collègues qui m’ont élu avaient bien 2 ou 3 raisons. Deux d’entre elles étant peut-être les deux “mails” que j’ai envoyé à la Direction pour me plaindre gentiment du rythme infligé aux élèves et des mauvaises décisions récemment prises par nos dirigeants. Beaucoup de collègues étaient alors venus me féliciter de faire quelque chose de très français : se plaindre.

Je ne l’imaginais vraiment pas mais être élu “prof de l’année” fait bien plaisir. J’ai eu parfois tendance à me moquer de toutes ces récompenses dont les américains abusent. Seulement cette fois, c’était moi. Je me suis surpris à envoyer un texto à Alice pour la prévenir. J’ai annoncé la nouvelle sur Facebook. J’ai reçu des félicitations et des compliments de toutes parts. Mince, on l’oublie souvent en France mais dire à quelqu’un qu’il fait du bon boulot, fait drôlement du bien. Surtout dans ma jolie petite “Ghetto school”. Lire ou relire “My Ghetto school“.

Quel rapport avec Donald? me direz-vous. C’est simple, les meilleurs profs de l’année rentrent en compétition pour le meilleur prof de la région, puis celui de l’état et enfin celui du pays. Je ne crois pas que l’on élise le meilleur prof de l’univers :)  Bref, chaque année, les meilleurs profs de chaque état sont  invités à la Maison Blanche. Avec un peu chance, je serai donc invité par l’ami Donald. Vous m’imaginez moi, avec Donald? Non? Moi non plus. J’emmènerai certainement mon voisin Luke avec moi.

Je vous cache pas que j’aurais clairement préféré être élu sous l’administration Obama. Mais bon, on fait avec son époque.

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