Month: February 2015

Le grand coeur des américains

Les personnes couvertes de couleurs ci-dessous ont toutes une chose en commun : elles ont donné 30$ à une oeuvre caritative. Encore un peu de positif sur cette société américaine. Force est de constater que les américains sont généreux et mettent plus facilement la main à la poche pour aider leur communauté. En 2014, ils ont donné autour de 335 milliards de dollars et cet argent provient très majoritairement de particuliers (article).

Les américains sont aussi beaucoup plus sollicités : au travail, à la caisse des magasins, à l’école. On a tous en tête les boyscoots américains qui font du porte à porte pour vendre leurs cookies. Jeudi dernier, c’est un groupe de petites filles qui est venu nous voir au parc pour nous vendre des gateaux. Ce type de sollicitation est commun et apprécié ici et les petites filles peuvent vite se faire de l’argent.

Pour certains sociologues, cette générosité américaine renvoie à l’immigré qui se doit de rendre “give back” au pays, à la communauté qui l’a accepté. Il s’agit de partager sa réussite, qui appartient aussi à autrui, et dont l’autre doit profiter. Ce n’est pas un hasard si des dizaines de milliardaires américains comme Bill Gates ont reversé une partie de leur fortune à des association caritative.

“Cette valeur, qui est propre à l’Amérique et reste mystérieuse aux yeux des autres nations, est profondément ancrée dans l’inconscient collectif”. C’est, selon Waldemar A. Nielsen, « l’une des qualités distinctes, un aspect très précieux de l’idée américaine. » Pour lui, « le concept de volontariat, de compassion, d’attention aux autres, et d’initiative individuelle » définit le type de société que sont les Etats-Unis.” (article)                   Regard sur la philanthropie américaine.

Aujourd’hui, c’est donc Alice qui a rendu à sa communauté 😉 Elle a participé au Colorvibe 5k de Lafayette: un évènement qui a lieu dans de nombreuses villes américaines. Une course de 5 kilomètres suivie d’une fête avec DJ. Bravo à ma petite femme qui termine son 5km avec la manière, malgré le burger qu’elle a mangé la veille. Et bravo à la French Connection!


 

Un autre exemple de donation cette semaine. Un concessionaire offre une voiture à l’école de notre région qui obtiendra le plus de votes après avoir posté sa vidéo. Voici la vidéo de mon établissement, les 4 premiers élèves à prendre la parole font parties de mes élèves.

Les qualités du système… quand même.

Quand la principale rassemble tous les profs dans la bibliothèque du collège, elle a une façon de s’adresser à ses employés qui serait juste inconcevable en France. Profitant du silence d’une salle pleine d’enseignants qui veulent rentrer chez eux, la dame pose sa voix et marque ses effets : « C’est parce que je travaille avec des personnes extraordinaires (nous)… Read more →

Le Courir de Mardi Gras

On doit leur montrer ce qu’est un vrai mardi Gras, notre Mardi Gras, notre tradition” a expliqué Joe Vidrine, le capitaine de notre courir (avec une cape sur les photos).

En Louisiane, comme dans beaucoup d’endroits dans le monde, Mardi Gras est la période des chars décorés et des fanfares. Au sud de la Louisiane, dans notre pays cajun, demeure une ancienne tradition de Mardi Gras : le courir.

Pendant ce courir, des hommes à cheval battent la campagne à la recherche d’ingrédients pour faire un gumbo (plat cajun). Les hommes masqués suivent un capitaine capé qui est le premier à demander l’autorisation de rentrer sur les divers propriétés sur leur chemin.

Cette tradition a toujours fait beaucoup parler d’elle car les cavaliers boivent souvent à l’excès et on les retrouve souvent en train de patauger dans la boue à la recherche d’un poulet. Par ailleurs, un fouet est utilisé pour maintenir l’ordre lors du courir et tout nouveau participant doit se faire fouetter au moins une fois.

Bon, on vous rassure, on n’a pas emmené les enfants se faire fouetter dans la campagne par des mecs bourrés. On a participé à la version familiale durant laquelle les enfants courent après des poulets qui retourneront ensuite sains et saufs chez eux.

Comme très souvent ici, on est parti le matin sans avoir aucune idée de que l’on allait découvrir. On a juste expliqué aux enfants qu’on allait courir après des poulets. Il en a découlé des conversations un peu bizarres.

– Papa elles sont où les poules?

– Je sais pas, ce sont les messieurs qui les ont…

– Et pourquoi on doit les attraper?

– Pour les manger… Pour pouvoir les manger, il faut d’abord les tuer mais bon celles là on les attrape mais on les tue pas…

– Pourquoi?

C’est la tradition mon chéri. Allez suis moi, on va essayer de trouver ces poulets.

Cette belle matinée pleine de questions a été complétée par les concerts de Cedric Watson et des Pine Leaf Boys. Des artistes de renom qui étaient présents dans la première saison de la série Treme.

 

 

 

 

Maman comment on dit…?

De l’autre côté de l’Atlantique, nos enfants aussi ont dû apprendre à faire quelques ajustements. Du haut de leurs 3 et 5 ans, ils étaient déjà français que cela soit dans leurs rapports aux autres, dans leurs habitudes alimentaires et bien sûr à travers la langue qu’ils utilisaient. Nous avions justement quelques appréhensions concernant l’apprentissage de la langue anglaise. Nous nous sommes donc… Read more →

Oh my god, c’est Mardi Gras!

Vous vous rappelez comment les américains sont partis en citrouille au moment d’Halloween et comment le Père Noël et ses Elfes sont pris très au sérieux aux Etats Unis et bien maintenant le calendrier est de retour! Et cette fois-ci avec une fête bien de chez nous… euh enfin bien de chez eux. Oh mon dieu c’est mardi gras et c’est parti pour deux semaines de parades, de carnavals et de bals.

L’une des premières parades de Lafayette était le “Krewe des chiens” pendant laquelle défilent les associations de protection animalières ou autre amoureux des chiens. Bénévole au Lafayette Animal Aid, Alice nous a permis de faire notre première parade en tant qu’acteurs et je dois dire que ça fait une drôle d’impression de traverser le centre ville avec des centaines de personnes qui essayent d’attirer ton attention pour avoir un collier. Etrangement, les enfants ont défilé avec un naturel déconcertant. Le premier collier de Nola étant arrivé sur la tête d’un flic, il n’a plus osé en envoyer d’autre mais ils se sont beaucoup amusés. On les sentait très fiers. Pour l’après midi, un chien prénommé Eddie nous avait été confié par l’association.

Le soir, c’est le Krewe de Rio qui a fait son show : première très grosse parade de la ville. De quoi faire le plein de colliers, jouets et peluches.

Mais qui sont les cajuns?

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La Louisiane est un joyeux mélange d’origines et de cultures différentes. Créoles venus d’Haïti et autres îles des caraïbes, africains, espagnols, descendants de diverses communautés indiennes et acadiens venus du Canada. Tous ou presque avaient la langue française en commun.

Les cajuns, ce sont les descendants des acadiens (colons français) expulsés du sud-est du Canada par les britanniques en 1755. Ils vivent pour la plupart au sud ouest de la Louisiane. Lafayette située au coeur du pays cajun, est considérée comme la capitale d’Acadie.
La communauté cajun a souvent été méprisée, notamment par les anglo-saxons en charge du système éducatif et parfois ridiculisée et vue comme des campagnards ignorants. Paris Hilton a même tourné un épisode de sa télé réalité The Simple Life à Henderson LA (une ville voisine) ; l’idée étant de montrer cette princesse des villes dans la campagne profonde.

Creole Girls Plaquemines Louisiana 1935

Creole girls, Louisiana, 1935

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Aujourd’hui, même si le français a disparu du quotidien, on ne peut nier la fierté que cette communauté a d’être cajun. Une identité que revendiquent clairement les ados dont je m’occupe. Le mot cajun et ses dérivés sont d’ailleurs utilisés à tort et à travers, du nom de l’équipe de foot « The Ragin’ Cajun » au nom du centre commercial « Acadiana mall » ; tout est là pour nous rappeler ces racines.

Mais alors qui sont ces cajuns et qu’est-ce qui fait cette culture aujourd’hui ?

Le premier lien avec cette culture francophone est visible dans les noms de familles (Broussard, Boudreaux, Babineaux…). Ces noms sont si courants qu’ils obligent les gens du pays à utiliser des surnoms comme « Tee’ Broussard » pour petit Broussard ou grand Latiolais.


Au début d’année, Mrs Taylor dont j’ai déjà parlé, est venue dans nos classes pour tenir ce discours : « Vous devez comprendre que ces professeurs de français ont quitté leur famille et amis pour venir enseigner ici. Vous avez le devoir de les accueillir dans notre communauté ». Ce dernier mot a une importance fondamentale dans cette région peu peuplée. Une réunion parents professeurs a même été organisée dans un café d’une ville voisine.


Ce qui m’amène à évoquer la chaleur humaine de cette communauté. Des gens qui viennent souvent nous voir pour nous demander d’où on vient. Lorsque mes parents étaient là, nous étions dans un restaurant et une personne d’une table voisine s’est levée pour nous souhaiter la bienvenue en Louisiane. Des réactions qui ne m’étonnent même plus.


51zy3VR5vaL._SY344_BO1,204,203,200_Dans son livre The Cajuns : Americanization of a people, l’historien Shane K. Bernard relate une histoire qui est arrivé en 1940 à l’accordéoniste noir et cajun Amede Ardoin. Pendant un concert, Ardoin a commis l’offense d’essuyer la sueur de son front avec un mouchoir offert par une femme blanche. Il fut sévèrement corrigé et mourût de ses blessures. L’auteur poursuivit en disant « L’animosité des anglo-protestants envers les noirs et les cajuns rapprochèrent les deux minorités.» Le roman « A gathering of old men » par l’afro-américain Ernest Gaines nous parle aussi de cette compassion entre les deux communautés.


Il y a un an, l’état de Louisiane a lancé la plaque d’immatriculation « Fier d’être cajun ». Des mots que l’on retrouve aussi sur les Bayou Buggies : des petites voitures que nos amis chasseurs remorquent sur leur gros 4×4.


imagesEn 2014, pour la première fois de son histoire, le prix Henri de Régnier de l’Académie française a été remis à un poète américain cajun : Kurby Jambon pour son recueil en français: “Petites communions”. Kurby se trouve être aussi un enseignant de français dans une école de Lafayette. Extrait


Le meilleur pour la fin. Le terme « coonass » (lire coon-ass : cul de raton laveur) est utilisé, parfois de façon péjorative, pour parler des cajuns. L’origine est un peu obscure mais on pense que cela vient du chapeau en raton laveur façon Davy Crocket que portaient les cajuns pendant la bataille de la Nouvelle Orléans.

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