Month: May 2016

The N-word et la Floride

Avec plus de 1000 vues en 5 jours, le film « l’héritage A Nous autres » a rapidement fait son chemin, grâce aux réseaux sociaux notamment. Les réactions étaient toutes très positives particulièrement celles de la communauté de Cecilia que j’appréhendais un peu.

Il y a quand même quelques personnes qui se sont vite fait connaître pour mentionner un détail du film qui les dérangeait. La maison de retraite par exemple, ne se voyait pas passer le film à ses résidents dans ces conditions. Le discours était à chaque fois le même : « Moi ça ne me dérange pas mais on ne sait jamais qui tombe sur cette scène… ». La scène qui était mise en cause était celle où une dame explique qu’elle parle 3 français : le français cajun, le français parisien et le ‘nigger’ French (le français nègre). Ah le fameux N-word. Le mot si présent dans cette société US, à plein de niveaux et qui provoque pourtant tant de débats.

Dans un premier temps, j’ai pensé qu’il n’était pas né l’américain qui me ferait retirer cette scène du film. Elsie, c’est le nom de la dame, faisait référence au français créole et en plus elle s’adressait à un élève afro-américain. J’aimais beaucoup leur interaction car les deux riaient de bon cœur.

Et puis, j’ai une amie qui m’a parlé de Al Sharpton et de l’American Civil Liberties Union, les grands défenseurs des droits des afro-américains aux Etats-Unis. Ces « gens là », me disait-elle, seraient ravis d’utiliser ce film pour faire les gros titres nationaux et justifier leurs postes. « Tu ne veux pas ça ».

J’ai donc retiré cette scène du film. La censure aura eu raison de moi. La version complète sera présente dans la version Blue Ray/ DVD bien sûr :)

Au moment où j’ai mis le film sur internet, nous étions en chemin pour la Floride. Dans la voiture, la chanson « Gold digger » de Kanye West passait à la radio. Vous savez celle qui commence par « She takes my MONEY !! When I’m in NEED !! … ». Suivi par le refrain où le mot « Nigger » était tout simplement muté. « But she ain’t messing with no broke …… ». Ils sont fort ces américains. Je me sens presque coupable d’écrire le mot « nigger » sur ce blog. Nigger, nigger … nigger, nigger. Bon ok, j’arrête.

 


DESTIN, Floride

A une heure de Pensacola vers l’Est, se trouve Destin. Une grosse destination touristique surtout pour les étudiants prêts à faire la fête. Les bateaux s’entassent dans le lagon. A leur bord, des mecs body-buildés boivent de la bière avec des filles en bikini. La vraie vie quoi.

Destin est aussi un gros port de pêche avec beaucoup de restaurants de fruits de mer. Une belle destination familiale avec des croisières pour observer les dauphins et beaucoup de petits parcs d’attractions.

On a préféré le côté plus nature de Pensacola mais Destin vaut quand même le détour. Nous avions réservé un RBNB que nous recommandons chaudement : https://fr.airbnb.com/rooms/10454359

 

Mon premier film documentaire : l’Héritage A Nous Autres

Le film en HD en cliquant ici.

Quelques anecdotes liées à la réalisation de ce film.

Il m’était assez compliqué de tourner des plans extérieurs. Je voulais pas trop jouer les touristes et une personne avec un appareil photo se fait vite remarquer dans ces campagnes. Les deux premiers plans du film ont été pris sur le chemin de l’école. Je me suis garé quelques minutes sur le coté de la route pour voler quelques images. A mon arrivée au collège, la femme de menage me demande : « Qu’est-ce qui s’est passé ce matin ? Je t’ai vu sur la bas coté… ». Plus tard, une autre collègue me dit : « Alors il paraît que tu étais en panne…”.


Les plans en traveling au moment où le titre apparaît ont été fait avec le chariot de la femme de ménage.


Interviewer une personne est toujours un moment de stress. Quand je commence à installer mon matériel, je sens une montée de tension. La collègue que j’interviewe au début du film n’était pas forcément à l’aise : « Mais comment vous dites ‘Asteur’ chez vous à Paris, ‘maintenant‘, c’est ca? ». Je l’ai regardée en souriant et j’ai dit: « Mais non Shawne, tu dois me répondre avec ton français à toi. Si tu veux dire ‘asteur’  tu dis ‘asteur’ … ».


Dimanche dernier était la Première de ce film qui m’a occupé toute l’année. C’est la première fois que je travaille sur un projet aussi long. Pour cette première, je tenais absolument à ce que les parents soient là. Alors, je les ai appelés les uns après les autres. Au moment d’appeler les parents de Castin, je me suis rappelé que sa mère travaillait dans l’unique restaurant de la ville. J’ai donc traversé 2 rues pour rejoindre Carolyn’s Café. Un endroit très rustique mais chaleureux. Une collection d’objets Coca Cola pour décoration.
Derrière le comptoir, une femme d’une cinquantaine d’année sort de sa cuisine. Je ne reconnais pas la maman de Castin alors je demande à parler à Madame Guidry.
Le visage de cette dame se ferme et elle dit d’un ton sévère : « Je suis sa mère, ma fille ne travaille que le matin ». Elle sait déjà pourquoi je suis là. Je suis venu me plaindre du comportement de son petit-fils. Pourquoi un prof demanderai-t-il à voir sa fille autrement.
Comme pour me défendre je pose soigneusement le flyer du film devant ses yeux.
“Nous avons fait un échange et j’ai fait un film où l’on peut voir votre petit fils …”
La mamie fronce les sourcils avant de poser ses lunettes sur son nez.
“Oh.. Oui. Castin nous en a parlé … Il aime beaucoup parler avec ces petits vieux”

Son regard se radoucit quelque peu, nous échangeons quelques mots et elle me promet de venir voir la Première du film.

La mère de Castin ne sera pas à la Première mais sa grand mère aura tenu sa parole. Je l’accueille elle et son mari dans un centre artistique dans lequel ils n’ont jamais mis les pieds.  Je leur serre la main à tous les deux. Je sens bien qu’ils me font une faveur d’être là et j’apprécie l’effort.

« Je vous avais dit que je viendrais … » me dit-elle avec ce ton sévère qu’ont ces mères de famille du sud des Etats Unis.

A la fin de la projection, tout est allé très vite. Beaucoup sont restés pour la réception, d’autres sont partis. J’ai cherché le regard de cette dame au fond de la salle. Elle m’a fait un geste de loin pour me saluer et un sourire qui valait tous les discours du monde.


 

A la Première du film, la télé locale avait fait le déplacement. Ces derniers se déplacent pour un oui ou pour un non mais mes élèves ont apprécié. Ci-dessous, 2 d’entre eux se font interviewer.

photo (2) Film Flyer - L'heritage A Nous Autres

L’Amérique de nos enfants

Il y a deux choses pour lesquelles nos amis américains nous surpassent en tout point : les récompenses et les discours. Aujourd’hui même dans mon collège, tous les élèves ayant fait du sport cette année, ont été appelés pour recevoir un trophée. La semaine prochaine, une bonne majorité recevra une médaille pour leurs résultats en Maths, Histoire… Certains repartiront avec 5 médailles autour du cou.

Ah, la reconnaissance du travail accompli, ici on sait faire. On célèbre, on honore, on rend hommage et on ne s’en lasse pas. Moi, j’ai toujours trouvé ça un peu trop jusqu’à aujourd’hui. Notre fille de  4 ans a été honorée pour son travail en maternelle (pre-K).

Il est 11h du matin, vendredi. Tous les parents se sont absentés 1h de leur travail pour assister à ce grand moment, pris très au sérieux. La petite salle de classe est comble ; transformée pour l’occasion en salle de spectacle. La maîtresse d’Eden fait son apparition enceinte jusqu’au cou. Dans 2 semaines, elle sera à l’hôpital pour accoucher. En attendant, elle est là où elle est supposée être : au boulot :) Mais son discours n’évoquera pas cette absence de congé maternité. Ms. Ashley a bien préparé son discours dispensé au micro et derrière un pupitre (2 outils que chaque citoyen américain se doit de savoir utiliser). Evidemment, les larmes sont vite arrivées, “les hormones” s’est-elle excusée mais je ne suis pas sûr que ces larmes ne soient pas les mêmes que l’année dernière. Ce petit bout de femme se dit fière d’avoir vu grandir et évoluer nos enfants.  Elle a terminé avec la phrase que tout le monde attendait : “Mesdames et Messieurs, je vous présente les diplômés 2016 de First Years Early CHildhood!”. J’ai alors réalisé que je connaissais bien la musique d’entrée d’une remise de diplôme. Celle qui vous prend aux tripes à la fin du film. Vous savez ça fait TAAA TADATADAA DA non vous voyez pas? Bon je vous met le lien youtube à écouter en regardant les photos : https://www.youtube.com/watch?v=Kw-_Ew5bVxs

Ms Ashley annonçait le nom de chaque élève à son entrée dans la classe. Tout le monde, parents et élèves, a récité le serment d’allégeance au drapeau la main sur le coeur. Une pincée de patriotisme donc. Les élèves ont chanté deux chansons avant de recevoir leur “diplôme”. Un bout papier dans la main, ma fille s’amusait bien, son papa, comme tous les autres, prenaient des photos, c’était donc important. La fin d’une année, le passage à la grande école. Et puis surtout, il y avait cette limonade et tous ces cupcakes que la maîtresse avait posé sur la table. L’élastique qui tenait son chapeau commençait à la gêner. Je l’ai aidé à l’enlever en lui disant :“Papa doit retourner au travail! Félicitation ma belle!”. Eden ne m’écoutait pas vraiment et regardait toutes ces grandes personnes qui était dans sa classe. A quatre ans, les rites de passage sont invisibles, l’instant présent au bout des doigts, ma belle dégustait déjà sa limonade.


De son côté, notre fils de 6 ans fera sa “Graduation” la semaine prochaine. En attendant, il a reçu un copain à la maison. J’en ai profité pour l’enregistrer parlant anglais. C’est promis, de retour en France, je m’engage à ne plus poser de micro dans la chambre de mes enfants :)


 

Un peu plus tôt, notre fils était de mariage. On n’a pas trop compris à quoi correspondait cet évènement jusqu’à ce qu’on voit les photos ci-dessous. La maîtresse célébrait le mariage du Q et du U en grande pompe. Tous les enfants étaient sur leur 31. Une jolie tablée. Un beau gâteau. La maîtresse habillée en prêtre. A L’AMERICAINE je vous dis. Si après ça les gamins ne connaissent pas le son “QUE” je n’y comprend plus rien :)

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