Chroniques d’une Amérique Trumpienne.

Bon, je sens comme une inquiétude. Vous vous demandez comment se passe notre survie dans l’Amérique du 45ème président. Et bien, on continue à vivre gentiment. Les panneaux Trump sont toujours plantés fermement dans les jardins de certaines maisons. La Louisiane nous offre les premiers bourgeons du printemps au mois janvier. Le soleil brille, tout va bien. On a bien l’impression de vivre dans un pays qui vit une crise historique mais aucun vent de révoltes ne vient perturber notre jolie campagne louisianaise.

Ceci dit, la Nouvelle Orléans a tenue – fièrement – une “Women March”. Nombre de voiture brûlées : zero. Nombre de vitrines cassées : zéro. Incompréhensible 😉

Notre quotidien suit son cours et en voici quelques épisodes :


Restorative_Discipline_360x240Lasie et Masie sont deux jumelles de 12 ans qui sont dans ma classe de 6ème. La mode du moment ici, est de donner des prénoms similaires aux jumeaux. Du coup, j’ai aussi des jumelles qui s’appellent Mya et Marlee et d’autres prénommées Mykeria and Mykayla. Pas très pratique à la maison j’imagine.

Lasie et Masie sont très bavardes et plutôt insolentes en ce moment. Du coup, je demande à voir la maman. Cette dernière, mère au foyer, se rend rapidement disponible. La trentaine, afro-américaine, ancienne élève de ce même collège, cette dame chaleureuse et mère de quatre enfants semblent prendre leur éducation aux sérieux.

Nous parlons des qualités de ses filles. Elle évoque quelques soucis à la maison, s’arrête un instant et dit “Je ne sais pas si c’est lié mais, les filles ont récemment perdu leur cousin. On lui a tiré dessus le mois dernier.” Je la regarde et je dis dans un anglais impeccable “ah … euh … oui, peut être”.


Autre réunion, autre enfant. Abdullah est un enfant d’origine yéménite souvent incontrôlable en classe. Je rencontre la mère et la grande soeur de 20 ans. La soeur est là pour traduire car la maman ne parle que l’arabe. J’explique la situation à la soeur sour le regard de l’assistante principale et de la conseillère d’orientation. La soeur traduit au fur et à mesure. Ca fait bizarre d’entendre de l’arabe, ça donne un petit côté exotique à cette réunion qui se veut très solennelle.

Donc je résume, le prof de français (moi) explique la situation à la soeur en anglais, qui traduit en arabe. La maman semble désolée mais plutôt impuissante. Abdullah, présent dans le bureau, se sent pousser des ailes et commence à plaider sa cause devant un parterre d’adultes prêts à le cuisiner. Un élan coupé en plein vol par sa soeur qui l’interrompt sans ménagement. “De toute façon, tu sais ce qui va se passer. Quand papa va revenir de son voyage, il va te battre. Alors, il faut que tu arrêtes.”

L’argument de la violence corporelle a fait mouche dans l’assemblée et je n’ai même pas levé la tête pour voir les têtes de mes collègues acquiescées. Je crois que j’ai passé trop de temps en Louisiane car, à ce moment là, l’idée de taper ce môme me semblait tout à fait valide. Douce Europe, attend moi, j’arrive.

Petits rappels des établissement qui autorisent les punitions corporelles en 1917, euh pardon en 2017. Des chiffres qui nous aident à comprendre la peine de mort. C’est vrai : que reste-t-il quand on fait une grosse grosse bêtise? Quand tous les coups de bâton ont échoué? La peine mort. CQFD 😉

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push upAlice a commencé un remplacement dans un nouvel établissement, en charge d’une classe de CM1. Au hasard de son emploi du temps, elle tombe sur un cours de sport, façon Sud des Etats Unis. Des élèves de 6 ans en ligne, en train de faire des pompes et et des abdos. Alice : “A un âge où ils sont sensés faire de la motricité, ils leur font faire de la musculation”.


Cette semaine il y avait le Festival On The Bayou qui présentait notamment un film intitulé “Zachary Richard, Cajun Heart”. Une émotion palpable dans la salle pour ce film qui met en avant la culture cajun et surtout l’histoire des acadiens.

Zachary est une célébrité en Louisiane mais surtout au Canada. Dans ce film, on le voit partir sur les traces de ses ancêtres, de la Nouvelle Ecosse jusqu’en Louisiane.

A la fin du film, le réalisateur canadien, Phil Comeau, était présent pour répondre aux questions du public. Ce dernier a pris le parti de parler un maximum en français quitte à négliger un peu les “anglophone monolingue” dans la salle. A côté de moi, je sens mon ami et collègue du Codofil sourire : “Ca Mikaël, c’est ce qu’on appelle de l’activisme francophone!”.

  1 comment for “Chroniques d’une Amérique Trumpienne.

  1. Fabrice
    February 1, 2017 at 1:39 pm

    Sacrée expérience, vous aurez vécu quelques moi sous la présidence de Trump, ça fera des souvenirs à raconter 😉

    On vous embrasse tous les 4 !!!

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